Lutte contre la jussie en Brière : Essai grandeur nature

Lutte contre la jussie en Brière

Essai grandeur nature

Article publié dans la Lettre du SAGE – GIP Loire Estuaire –

Novembre 2013

  À l’issue d’une longue concertation, une expérimentation inédite d’envoi d’eau saumâtre vient d’être récemment menée en Brière pour tenter d’endiguer la propagation de la jussie. Bilan et perspectives.

Tout est parti d’un rapport circonstancié de Jean-Paul Juin, agriculteur en Brière, touché par la prolifération de la jussie sur ses prairies. La présence de la plante est observée depuis déjà de longues années sur le territoire et fait l’objet d’une lutte annuelle encadrée. Mais à l’été 2012, un nombre croissant d’acteurs, et notamment d’agriculteurs, mesure l’ampleur de sa propagation terrestre. “Cet été, la jussie a été identifiée sur 520 ha de prairies et 300 ha sont même considérés comme envahis”, précise Jean-Patrice Damien, chargé de mission environnement au Parc naturel régional de Brière (PNR). Dès lors, le Syndicat de bassin-versant du Brivet (SBVB), le PNR et la Chambre d’agriculture se mobilisent pour tenter de consolider les moyens de lutte et répondre aux inquiétudes des agriculteurs du marais.

Une menace pour l’agriculture du marais

Si leur réactivité est immédiate, c’est aussi parce que les enjeux sont très forts : la progression de cette plante non appétante pour le bétail risque à terme de faire disparaître toute activité agricole dans les marais de Brière. “Dans ces milieux fragiles entourés d’eau, les agriculteurs sont en effet surtout spécialisés dans l’élevage, explique Chantal Deniaud, directrice technique environnement et biodiversité à la Chambre d’agriculture de Loire-Atlantique. La crainte légitime est que certaines parcelles jusqu’alors consacrées au pâturage et au fourrage soient exclues de la surface agricole utile.” Certaines aides financières sont alors susceptibles de disparaître et de fragiliser encore plus les exploitations agricoles. L’entretien du marais et le recul de la biodiversité sont aussi en jeu.

Sensibilisation et action

Une année de concertation et de sensibilisation commence alors. L’alerte est d’autant mieux entendue par les agriculteurs qu’elle est lancée par l’un des leurs… “Depuis plusieurs années, le Parc avait bien tenté de sensibiliser les exploitants. Mais, tout comme de nombreux autres acteurs, ils n’avaient pas mesuré l’ampleur du problème car la jussie était surtout dans les canaux et non sur les prairies”, ajoute Chantal Deniaud. Un gros travail est notamment mené sur le terrain pour apprendre aux exploitants à reconnaître la plante. Mais on souhaite aussi limiter sa progression. Parmi les actions envisagées, l’envoi d’eau saumâtre apparaît bientôt comme l’une des solutions privilégiées pour les marais de Donges qui dispose des connexions nécessaires avec l’estuaire. Une partie du canal du Priory, entre Montoir et Donges, est choisie comme zone test.

Les obstacles au projet

Gestionnaire des ouvrages, le SBVB, maître d’ouvrage sur l’expérimentation, réunit alors tous les acteurs locaux : les fédérations de pêche et de chasse, le Parc, le scientifique référent, Jacques Haury, les associations environnementales, la Chambre d’agriculture, les services de l’État… “Le classement Natura 2000 du site a imposé des contraintes supplémentaires. Il fallait notamment référer systématiquement aux services de l’État”, poursuit Chantal Deniaud. Entre l’impatience des uns, soumis à l’avancée de la jussie, et la prudence des autres, soucieux de connaître au mieux l’impact d’une telle expérimentation, le dialogue n’a pas toujours été facile. Les effets du sel sur la faune et la flore n’étant pas clairement connus, on avance à petits pas. “Le test devait avoir lieu le lundi mais le jeudi précédent nous n’avions toujours pas l’autorisation de la préfecture, avance Alain Massé, président de la commission biodiversité au Parc naturel régional de Brière. Il fallait une décision politique et elle n’était pas facile à prendre : nous savions qu’il pouvait y avoir des effets négatifs sur les poissons, et personne ne voulait en endosser la responsabilité.”

Un premier test instructif

Financée dans le cadre du CRBV, l’opération débute finalement le 24 septembre. De façon à pouvoir mesurer correctement les effets de l’eau salée, 800 ha au lieu des 1 800 ha initialement envisagés sont soumis au test. “Même s’ils étaient demandeurs, les agriculteurs ont dû modifier leur façon de travailler en apportant eux-mêmes l’eau douce à leur bétail. De son côté, le SBVB a financé l’achat d’une quarantaine d’abreuvoirs”, ajoute Chantal Deniaud. Mais, menée trop tardivement et contrariée par de fortes pluies, l’expérimentation a dû être interrompue plus tôt que prévu. Face à la montée des niveaux d’eau, le taux de salinité, notamment, n’a pu être élevé de façon significative pour atteindre la concentration idoine telle qu’elle a été identifiée en laboratoire. “Le bilan est mitigé, précise Jean-Patrice Damien. Peut-être, observe-t-on tout de même un affaiblissement de la plante. Il faut surtout voir cette expérimentation comme un premier calage qui devrait permettre d’affiner l’expérience pour les deux prochaines années.” L’idée est aussi de profiter de l’automne pour explorer toutes les pistes : barrages-filtres, observation des niveaux d’eau, lutte contre les ragondins qui participent à la prolifération de la jussie, curage des fossés…

Prise de conscience générale

La grande satisfaction réside surtout dans la prise de conscience par tous les acteurs locaux de l’état d’avancement de la jussie en Brière, et de l’importance d’agir plus intensément et de matière concertée. Ce qui était loin d’être évident ! “L’expérimentation a eu lieu cette année et c’est déjà un succès en soi : tous les acteurs du terrain ont réussi à se mettre d’accord. Sur ce point, il faut féliciter le Parc qui a vraiment joué un rôle moteur. Mais nous devons aller plus loin”, ajoute Alain Massé. Comprenant que les moyens actuels sont insuffisants pour lutter efficacement contre la plante, communes, intercommunalités, syndicats de marais et Parc ont décidé de constituer un pacte jussie sur trois ans. L’idée est de fédérer l’ensemble des acteurs locaux autour d’un projet global et, notamment, offrir une visibilité aux partenaires financiers – Agence de l’eau, Conseil général. À ce titre, l’expérimentation a fourni les premières bases…

Voir l’interview de Jacques Haury

06 novembre 2013

GIP Loire Estuaire
Cellule d’animation
du SAGE Estuaire de la Loire

 

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